Être évalué ou ne pas être évalué : telle est la question

Avr 15, 2020 Articles
Confinement et enseignement

Confinement et enseignement

Assis devant la télévision, en plein confinement, nous regardons Jean-Michel BLANQUER parler. Il termine son discours, mon portable vibre. Je lis les messages envoyés par mes élèves sur le groupe WhatsApp du collège. Ce groupe fut ma première initiative de prof afin d’assurer le suivi pédagogique tant demandé par notre ministre. Un message retient particulièrement mon attention : « On est d’accord, Monsieur, notre Brevet, on l’a ?!! »… Sidération.

Cette petite scène, bien que fictive, ne doit pas l’être tant que cela. En effet, depuis les annonces du ministre de l’Éducation Nationale, un bien grand dilemme se pose aux nombreux enseignements de notre pays. C’est pour ainsi dire, un dilemme Cornélien : faut-il continuer à évaluer les élèves en cette période de confinement ?

Confinement - Jean Michel Blanquer
Jean Michel BLANQUER annonçant le 3 avril dernier le BAC et le brevet en contrôle continu

La France a fait le choix de laisser les professeurs libres et cela au nom de la sacrosainte « liberté pédagogique ».

Malheureusement, il faut bien reconnaitre qu’en la matière, les inégalités explosent. L’impossibilité, pour certains élèves, d’accéder aux ressources pédagogiques a eu pour conséquence le décrochage de près de 5 à 8% d’entre eux. Le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, fit ce terrible constat dans son intervention du 31 mars. Il promit alors de nouvelles mesures afin d’assurer une réelle égalité des chances, comme la possibilité donnée aux enseignements d’envoyer par La Poste (gratuitement) l’ensemble du matériel de cours. Jean-Michel BLANQUER a assuré que le ministère irait « chercher ses élèves décrocheurs », il ne précisa cependant pas comment il allait réellement nous armer, nous les « Hussards noirs de la République ».

Les colonies de vacances éducatives

Une proposition particulièrement intéressante est cependant ressortie de cette longue intervention : la création de « Colonies de Vacances éducatives ». Ces centres éducatifs, apparemment ouverts au mois d’août, auront pour vocation d’aider les élèves les plus en difficulté. Il est dommage que nous ayons dû attendre si longtemps pour comprendre qu’apprendre est un effort de chaque instant, et que celui-ci ne peut mourir le 29 juin pour péniblement renaître de ses cendres le 3 septembre.

Les évaluations ne sont donc pas interdites en France. Contrairement à nos amis belges qui proscrivirent les contrôles pendant le confinement, notre Ministère a préféré jouer la carte de « l’absence de communication ». M. BLANQUER a bien dit que les « les notes obtenues en période de confinement ne doivent pas compter dans la note de contrôle continu ». Mais si ce principe s’applique aux classes d’examens, quid des autres ?

Ce flou artistique ne s’esquissa pas sans heurts. Dès le début du confinement, de nombreux professeurs se mirent une pression folle, afin de montrer que « nous ne sommes pas en vacances ». Cette pression, reflet d’une volonté de trop bien faire sans doute, rejaillit sur les parents. Sur ces mêmes parents qui doivent jongler entre le Théorème de Pythagore, les allitérations de Joaquim du Bellay et le processus de phagocytose. Sur ces mêmes parents qui doivent, après tout cela, assurer leur télétravail, rassurer leurs enfants et apaiser leurs angoisses.

L’égalité de traitement

Par ailleurs, au-delà de la question de l’évaluation, de nombreux professeurs se posent une simple question : qui vais-je évaluer ? Le brillant devoir de Physique-Chimie a t-il été fait par maman, papa ou le grand-frère ? Là aussi se pose la question de l’égalité de traitement devant le contrôle. Pour répondre à cette question, chaque établissement fait sa « tambouille ». Dans certains établissements, c’est silence radio. Ce choix a l’avantage de ne pas se mouiller. Dans d’autres c’est la course à la note, quitte à tomber dans l’étrange situation où professeurs, parents et élèves travaillent bien plus qu’en temps normal ! Dans d’autres enfin, on évalue. Mais l’évaluation ne se base pas sur les données (le fond) mais la forme (le temps de réactivité de l’élève pour le rendu, le style dans la rédaction, la rigueur intellectuelle dans la structuration de la pensée). Il n’est donc pas de recette miracle, il faut bien l’avouer.

Par Daniel A

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